Les Tourbières de Terrebonne
Ville de Terrebonne

Les tourbières sont certainement les milieux humides les plus fascinants et les plus mystérieux, ce sont aussi ceux qui rendent les plus importants services écologiques aux populations. À première vue, la tourbière ressemble souvent à un simple champ mais détrompez-vous, il s'agit d'un écosystème exceptionnel.
La tourbière est un milieu acide et saturé d'eau où les débris de plantes s'accumulent d'année en année formant, au fil des siècles, un épais tapis de ce qu'on appelle la tourbe. C'est cette accumulation qui est si efficace pour notre planète, mais pourquoi ?
Nous savons depuis longtemps que les forêts sont très importantes en ce qui concerne la lutte aux changements climatiques, lorsque les arbres qui y poussent grandissent, ils absorbent beaucoup de gaz carbonique (un gaz à effet de serre), puis lorsqu'ils meurent, ils se décomposent et libèrent une partie de ce gaz carbonique. La tourbière agit différemment... Comme la forêt, elle absorbe beaucoup de gaz carbonique pendant sa période de croissance, cependant, étant donné l'omniprésence de l'eau et l'acidité du milieu, les plantes qui y meurent ne peuvent se décomposer et libérer le gaz nocif. Ce faisant, la tourbière emprisonne des quantités impressionnantes de carbone. Les scientifiques qui se sont intéressés au phénomène ont pu constater que les tourbières du Canada peuvent emprisonner 140 millions de tonnes de gaz carbonique chaque année, c'est plus de 50% de notre engagement envers le protocole de Kyoto, c'est la première raison pour laquelle il convient de protéger nos tourbières mais ce n'est pas tout.
Les tourbières, comme les autres milieux humides, ont un pouvoir épurateur naturel sur l'eau. Selon Environnement Canada, les terres humides jouent un rôle qu'aucun autre écosystème ne pourrait remplir, puisque lorsque l'eau passe au travers de ces milieux, les plantes retiennent les nutriments en excès ainsi que les polluants dont elle est chargée et oxygènent le milieu. L'eau qui sort des milieux humides est donc pure de tout contaminant. La qualité de cette ressource essentielle à notre survie est donc notre deuxième raison de protéger nos tourbières.
La troisième raison de protéger nos milieux humides est aussi une question de bon sens pour qui comprend bien le rôle de ces lieux. Toujours selon Environnement Canada les terres humides sont comparables à des éponges naturelles, elles capturent les eaux de ruissellement et les restituent plus lentement vers les cours d'eau évitant ainsi de graves problèmes de contrôle des niveaux de l'eau. L'organisme gouvernemental ajoute même que la majorité des inondations dans les secteurs urbanisés sont le résultat de la disparition des terres humides.
La quatrième raison de protéger ces écosystèmes est qu'ils sont à la base de la biodiversité. Le nombre d'espèces qui s'y trouvent et la dynamique particulière de leurs échanges confèrent aux terres humides des particularités saisissantes. Le fait est que la grande majorité des espèces qui peuplent ces milieux ne peuvent vivre nulle part ailleurs, aussi, il est important de savoir qu'au Canada, le tiers des espèces en péril dépendent des terres humides.
Il existe de nombreuses autres raisons de tirer profit des terres humides en assurant leur protection, par exemple, le développement associé à la mise en valeur des espaces naturels constitue un puissant levier de développement socio-économique.

Au printemps, un immense marécage appartenant au complexe des Tourbières de Terrebonne
LE CAS DES TOURBIÈRES DE TERREBONNE
Peu de gens savent que les plus importants milieux humides intérieurs de toute la région du Montréal métropolitain sont situés à Terrebonne, sur des terres publiques appartenant au gouvernement fédéral.
Sises entre l'autoroute 640 et une zone agricole sur l'axe nord-sud et entre deux parc industriels sur l'axe est-ouest, ces terres fédérale ont la taille considérable de 633 hectares, ce qui équivaut à plus de 1260 terrains de football. Ce milieu naturel est donc de beaucoup plus vaste que la portion du Mont Orford ayant fait l'objet d'un important tollé populaire en 2006 et en 2007.
Un peu plus de 50% de ce vaste espace naturel est occupé par des milieux humides de quatre types, des tourbières, des marécages, des marais et des étangs. Les tourbières dominent nettement, occupant plus des deux tiers de la superficie totale des milieux humides, elles sont suivies par les marécages qui occupent presque tout l'espace restant laissant à peine un hectare pour les marais et les étangs. Le reste des 633 hectares de terres publiques est occupé par des forêts diversifiées et des cours d'eau.
Les caractéristiques écologiques exceptionnelles de ces 633 hectares en font une mosaïque d'habitats sans comparable pour la faune et la flore locale. Il faut comprendre que de nombreuses espèces animales dépendent à la fois des milieux humides et des terres boisées puisqu'ils passent certaines parties de leur vie dans les deux milieux. Ainsi le maintien de la totalité des fonctions de ces terres dépend à la fois de la protection des milieux humides et des milieux boisés qui s'y trouvent.

Joëlle Lapalme, biologiste membre du CEM dans une immense tourbière à Terrebonne
Les tourbières de Terrebonne jouent un rôle sans égal au niveau régional et national en ce qui a trait à la qualité de l'eau et des habitats des rivières des Mille-Îles et Mascouche. Il est important de savoir que de nombreux ruisseaux prennent leur source directement dans ces milieux qui se divisent en deux bassins versants. L'eau pure restituée par les tourbières de Terrebonne est donc redistribuée vers les deux rivières. Ainsi, les milieux humides de la propriété fédérale influencent la qualité et la quantité des apports d'eau vers les rivières qui sont essentielles à notre survie. De plus, est-il nécessaire de rappeler l'importante rétention d'eau exercée par ces vastes milieux humides qui contribue au maintien du niveau et du débit de l'eau dans ces deux rivières reconnues comme instables pour de nombreuses raisons.
Il est également très important de souligner l'effet bénéfique des tourbières de Terrebonne sur la qualité de l'air du sud de Lanaudière.
Cela dit, les tourbières de Terrebonne sont un écosystème extraordinairement efficace et complexe dans lequel il faut éviter toute perturbation pour s'assurer qu'il continue de nous rendre tous ces services écologiques

Les Tourbières de Terrebonne sont les plus vastes milieux humides du Grand Montréal
UN PARC INDUSTRIEL
Depuis maintenant plusieurs années, la Ville de Terrebonne souhaite développer un parc industriel d'envergure sur la propriété fédérale dont il est question. La construction de ce parc nécessiterait le remblaiement d'une très grande partie de l'écosystème et le milieu s'en trouvera inévitablement affecté dans son ensemble. Au sujet des tourbières, environnement Canada dit qu'elles sont très sensibles aux modifications des apports d’eau et de nutriments. Même de faibles changements peuvent les transformer en d’autres types de milieux humides ou même en milieux secs. Une perturbation de taille aura donc nécessairement des effets désastreux sur la faune, la flore, l'eau, l'air et la population. Pour ces raisons, il est important de reconsidérer le projet. Il est également important de mentionner qu'étant situées sur des terres de propriété fédérale, les tourbières de Terrebonne sont assujetties à la Politique fédérale de conservation des milieux humides.
La première phase du projet de parc industriel est actuellement enclenché puisque la Ville de Terrebonne et le Ministère des Transports projettent la construction d'un échangeur dans le secteur afin d'offrir un accès routier direct au développement industriel projeté et pour desservir les développement résidentiels entre l'autoroute 640 et la Côte Terrebonne (territoire au sud des tourbières de Terrebonne). Dans un document produit en 2007, le Ministère du Développement Durable, de l'Environnement et des Parcs et le Ministère des Ressources Naturelles et de la Faune considèrent que si l'échangeur est construit selon le plan préliminaire déposé par le promoteur, il empiètera dans les milieux humides du site et dans la bande tampon qui permet actuellement leur maintien.